mangeurs compulsifs, reconnaissez-vous!

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Si vous allez de régime en orgie, si vous êtes préoccupé(e) par votre poids et que vous cherchez constamment à contrôler ce que vous mangez, tout en « craquant » régulièrement, s’il vous arrive de manger en cachette, si votre fringale suit la courbe de vos émotions, si vous êtes capable de continuer à manger lorsque vous n’avez plus faim, et que vous vous arrêtez seulement quand vous arrivez au fond du pot, au bout du paquet, au summum de l’écœurement… peut-être avez-vous, comme moi, une relation compulsive à la nourriture.

Ces comportements peuvent prendre des formes et des intensités très différentes. Lorsqu’ils sont fréquents, provoquent de la souffrance ou donnent l’impression de perdre le contrôle sur son alimentation, ils peuvent aussi relever d’un trouble des conduites alimentaires. Seul un professionnel compétent pourra poser un diagnostic.¹

Si vous vous reconnaissez dans ce que je décris, voici quelques pistes qui m’ont aidée à cheminer avec cette difficulté.

1. Reconnaître que nous vivons une véritable difficulté avec la nourriture

« Pourquoi t’arrêtes pas de bouffer si ça te pourrit la vie ? »

« Franchement, tu ne fais pas beaucoup d’efforts, tu te plains d’être trop grosse, et juste après tu te gaves. »

« Allez, mange une part de gâteau, qu’est-ce que tu veux que ça te fasse, juste un bout ! »

Ce genre de réflexions ne nous aide pas à nous relier à notre vulnérabilité et à prendre au sérieux ce que nous vivons.

Une personne qui n’a jamais connu de perte de contrôle avec la nourriture peut avoir du mal à imaginer ce qui se passe pour nous. Elle peut penser que nous manquons de volonté, que tout ça est une question de discipline, qu’il suffirait de « faire un effort ».

Or les troubles des conduites alimentaires ne se résument pas à un manque de volonté.¹

Ce qui peut nous aider, c’est déjà de considérer ce que nous vivons comme une véritable difficulté, que l’on va devoir prendre en compte avec bienveillance. Et certainement pas en nous imposant sans cesse des régimes exigeants, des objectifs inatteignables ou des programmes idéaux qui ne feront que nous décourager et entamer notre confiance. Dans certaines formes de compulsions alimentaires, les restrictions et régimes amaigrissants peuvent même contribuer à entretenir les crises.²

2. Nous relier à des personnes qui vivent la même chose que nous et qui ont envie d’aller vers plus de sérénité

Sortir de la solitude et de la honte peut déjà faire beaucoup de bien.

Il existe notamment des groupes d’entraide comme les Outremangeurs Anonymes, dont l’approche convient à certaines personnes. On peut aussi, si dans notre entourage d’autres personnes vivent des difficultés similaires, échanger sur le sujet et nous offrir mutuellement bienveillance et compréhension.

Un groupe d’entraide ne remplace cependant pas une prise en charge professionnelle lorsqu’on souffre d’un trouble des conduites alimentaires. Ces troubles peuvent nécessiter un accompagnement psychologique, médical et nutritionnel adapté.¹

3. Prendre soin de la part de nous qui cherche du réconfort

Dans mon expérience, j’ai découvert que certaines de mes compulsions apparaissaient lorsque quelque chose en moi souffrait et cherchait du réconfort.

Quand je mangeais, je cherchais parfois à apporter douceur et apaisement à cette part qui souffrait ; or, comme juste après je culpabilisais, je me jugeais, je mettais en quelque sorte cette part « au coin ». Alors elle souffrait encore plus, réclamait à nouveau de la douceur et du réconfort… et je pouvais repartir vers la nourriture.

Les émotions et les situations difficiles peuvent effectivement jouer un rôle dans le déclenchement des crises alimentaires chez certaines personnes.²

Pour ma part, prendre soin de ce que j’appelle mon « enfant intérieur » m’a aidée : accueillir mes émotions, essayer de comprendre ce que je cherchais réellement à apaiser, utiliser parfois la visualisation, l’auto-empathie ou d’autres pratiques qui me conviennent.

C’est une manière personnelle de comprendre et d’accompagner ce qui se passe en moi, et non une explication générale des troubles alimentaires.

4. Arrêter de se comparer

Plus nous nous comparons, plus nous risquons d’augmenter notre souffrance et notre insatisfaction envers nous-mêmes.

Il est vrai que nous avons souvent l’occasion de croiser des personnes dont le physique nous fait rêver, mais nous focaliser sur ce physique nous empêche de les voir pour ce qu’elles sont et peut nous conduire à nous dénigrer encore plus :

« Si tu faisais plus de sport / mangeais moins et mieux / prenais soin de toi… tu serais comme elle ! »

De plus, nous comparons l’incomparable : nous ne connaissons ni l’histoire de cette personne, ni sa relation à son corps, ni sa relation à la nourriture.

Il est difficile de cesser de se comparer du jour au lendemain. Voici une étape intermédiaire qui m’aide :

Plutôt que de dire, en gros : « Elle est parfaite, moi je suis nulle », on peut se relier aux qualités qui nous inspirent chez elle et se dire :

« Le dynamisme dont elle fait preuve / le peps qu’elle dégage / sa beauté… m’inspire. »

Ainsi, on ne mélange pas la personne avec ses qualités, et on rend ces dernières accessibles.

5. Lâcher prise sur le résultat

« Samedi, il faut que je rentre dans cette robe. »

« Jusqu’à ce que j’aie perdu 12 kilos, je ne mange plus que des fruits et des légumes. »

« Dorénavant je dois faire deux heures de sport par jour. »

Ce genre d’exigences peut éventuellement fonctionner à court terme, mais ce n’est pas nécessairement ainsi que l’on construit une relation plus paisible avec son alimentation.

Dans l’hyperphagie boulimique, notamment, les recommandations thérapeutiques invitent à travailler sur la régularité de l’alimentation et les déclencheurs des crises plutôt qu’à entreprendre un régime amaigrissant pendant le traitement, celui-ci pouvant favoriser de nouvelles crises.²

Si nous acceptons notre corps tel qu’il est aujourd’hui, tout en décidant de cheminer vers plus de bien-être à notre rythme, nous pouvons peut-être commencer à sortir de cette guerre permanente contre nous-mêmes.

6. Identifier nos déclencheurs

Avec quels aliments est-ce que je remarque que je perds plus facilement le contrôle ?

Quels sont les moments de la journée où mes compulsions surviennent le plus souvent ?

Quels sont les événements ou les émotions qui semblent les déclencher ? Conflits, ennui, solitude, procrastination, impatience, fatigue, stress… ?

Qu’est-ce qui s’est passé juste avant ?

Et qu’est-ce que je ressens juste après ?

S’observer dans un premier temps permet de mieux connaître notre fonctionnement. Non pas pour nous surveiller encore davantage, mais au contraire pour remplacer progressivement le jugement par la curiosité.

7. Se faire accompagner si cette relation à la nourriture nous fait souffrir

Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être « assez malade », d’avoir atteint un certain poids ou d’être complètement dépassé(e) pour demander de l’aide.

Si les crises sont fréquentes, si vous avez l’impression de perdre le contrôle, si votre alimentation, votre poids ou votre corps occupent une place envahissante dans vos pensées, si vous vous cachez pour manger, si vous alternez restrictions et compulsions, ou tout simplement si vous souffrez de votre relation à la nourriture, cela mérite d’être entendu.

Les troubles des conduites alimentaires peuvent être pris en charge, et une prise en charge précoce améliore les chances d’évolution favorable.¹

Médecin traitant, psychologue ou psychiatre formé aux TCA, professionnel de la nutrition spécialisé dans ces troubles : l’important est de pouvoir rencontrer quelqu’un qui connaisse réellement ces problématiques et qui ne réduise pas ce que nous vivons à une question de poids ou de volonté.

Et peut-être que le premier changement est déjà là :

cesser de nous demander : « Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me contrôler ? »

et commencer à nous demander :

« Qu’est-ce qui se passe pour moi, et de quel soutien ai-je besoin ? »

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Au plaisir de vous lire,

La Fannette

Références

¹ Haute Autorité de santé (HAS) et Fédération Française Anorexie Boulimie, Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge, 2019. La HAS rappelle notamment que la boulimie et l’hyperphagie boulimique sont des troubles des conduites alimentaires qui nécessitent une prise en charge adaptée, idéalement précoce et pluridisciplinaire.

² National Institute for Health and Care Excellence (NICE), Eating disorders: recognition and treatment, recommandation NG69. Pour l’hyperphagie boulimique, les approches recommandées travaillent notamment sur la régularité des prises alimentaires, l’identification des déclencheurs et les facteurs émotionnels ; le NICE déconseille d’entreprendre un régime amaigrissant pendant le traitement, celui-ci étant susceptible de déclencher des crises.

 

2 Comments

  • Salut ! J’avais du mal à l’admettre, je pense que je suis une mangeuse compulsive. Je grignote lorsque je suis heureuse, stressée ou encore frustrée (bref, en permanence). Par exemple, je suis obligée de tout finir même si je n’ai plus faim. Donc, je te remercie pour ces petits conseils.

    • Avec plaisir Cathy, j’espère qu’ils t’aideront!

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