âge du non: 3 pistes!

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« L’âge du non », la fameuse « phase d’opposition », qui apparaît généralement autour de la deuxième année de l’enfant, a fait couler beaucoup d’encre. Cette période correspond effectivement à une étape importante du développement de l’autonomie : l’enfant acquiert de nouvelles capacités, affirme davantage ses préférences et expérimente de plus en plus sa possibilité d’agir et de choisir par lui-même. On nous explique qu’il est important, pendant cette période, que l’enfant puisse se sentir écouté et entendu, tout en étant accompagné par un cadre sécurisant.

Je ne remets pas en cause ce point de vue.

Ceci dit…

J’ai dernièrement travaillé sur la notion de consentement, dans le cadre d’un spectacle. Il m’est alors venu comme une évidence que l’âge du non pouvait être regardé autrement : et si c’était aussi l’âge de l’apprentissage du consentement ?

Car apprendre que je peux dire « non », que mon « non » peut être entendu, mais aussi que l’autre peut dire « non » à son tour, c’est déjà expérimenter quelque chose de fondamental : mes limites existent, celles de l’autre aussi.

Et cette idée me paraît d’autant plus intéressante qu’à cet âge, beaucoup de désaccords entre l’enfant et l’adulte concernent directement son corps : ce qu’il mange, les vêtements qu’il porte, le fait d’être pris dans les bras, embrassé, lavé, changé, installé quelque part…

Or c’est précisément dans ces toutes petites situations quotidiennes que peut commencer l’apprentissage du consentement. Non pas en expliquant à un enfant de deux ans une théorie du consentement, évidemment, mais en lui permettant d’expérimenter que son corps lui appartient, que ses signaux sont entendus, qu’il peut exprimer ses préférences et ses limites, tout en découvrant progressivement que les autres ont, eux aussi, des limites et des besoins.

Cette idée rejoint d’ailleurs un droit reconnu aux enfants par la Convention internationale des droits de l’enfant : celui d’exprimer librement leur opinion sur les questions qui les concernent, cette opinion devant être prise en considération en fonction de leur âge et de leur maturité.

Il me paraît donc primordial de rassurer l’enfant sur le fait qu’il est un être séparé de nous, qu’il a effectivement son individualité, et que sa parole et ses signaux concernant ce qu’il vit méritent d’être entendus.

Concrètement, comment peut-on à la fois respecter ces besoins d’autonomie et de liberté, et les engagements inhérents au rythme du quotidien ?

Je vous propose trois pistes :

  • Reformuler le « non » : à quoi notre enfant dit « oui » ?


La reformulation n’est pas le réflexe qui nous vient spontanément, surtout lorsqu’on a grandi dans une culture éducative où l’obéissance de l’enfant a longtemps été considérée comme une vertu. Alice Miller a largement documenté cette tradition éducative, qu’elle désignait sous le terme de « pédagogie noire », et dans laquelle il s’agissait parfois explicitement de briser la volonté de l’enfant pour obtenir son obéissance.

Avec un peu d’entraînement, pourtant, on finit par trouver la reformulation naturelle. Le premier pas à faire, c’est de changer le premier mot de notre phrase. Au lieu de « Si ! » ou de « Mais… », on va commencer par « OUI ! », et ensuite, ça coule tout seul : « Oui, tu aimerais jouer avant de manger… », « Oui, c’est important pour toi de terminer ton dessin avant la toilette… », etc., etc.

Bien sûr, en mettant l’énergie qui va avec : avec mon « oui », je suis avec toi, je cherche à te comprendre. Je ne suis pas forcément en train de dire oui à ce que tu demandes. Je dis oui à ce que je comprends de ce qui se passe pour toi.

  • Puis exprimer ce qu’il en est pour soi, authentiquement, et sans « mais ».


Car il n’y a pas d’opposition entre tes besoins et les miens.

Ce n’est pas : « Oui, tu aimerais jouer, mais ce n’est pas le moment. »

C’est plutôt : « Oui, tu aimerais continuer à jouer, et de mon côté, j’ai vraiment besoin de me reposer. »

Entendre le « non » de l’enfant ne signifie donc pas lui donner systématiquement ce qu’il demande, pas plus qu’apprendre le consentement ne signifie que l’enfant décide de tout. Cela signifie que son refus est une information que je prends en compte dans la relation, en même temps que ce qui est important pour moi.

Cette manière de regarder l’enfant rejoint les travaux actuels autour de ses droits : il ne s’agit pas de remplacer le pouvoir de l’adulte par celui de l’enfant, mais de sortir autant que possible d’une logique d’obéissance pour entrer dans une logique de relation. C’est notamment une idée développée par Marion Cuerq dans son travail autour des droits de l’enfant et des cultures éducatives.

  • Et faire confiance à la créativité de notre enfant.


Si on ne trouve pas de solution, notre enfant en a peut-être une sous le coude !

« Tu as envie de rester jouer dehors, et j’ai hâte de rentrer parce que je pense au repas à préparer. Comment on peut faire ? »

Souvent, on est surpris par les solutions proposées par les enfants, qui ne sont pas contraints par autant de croyances et de critères de bienséance que nous.

Et parfois, bien sûr, nous ne trouverons pas de solution qui convienne parfaitement à tout le monde. Il faudra rentrer, attacher la ceinture de sécurité, soigner une blessure ou empêcher un enfant de traverser la route. Respecter l’enfant ne signifie pas renoncer à notre responsabilité d’adulte. Mais même lorsque je ne peux pas accéder à son « non », je peux l’entendre, reconnaître sa colère ou sa frustration, lui expliquer ce que je fais et pourquoi je le fais, plutôt que considérer que son refus n’a aucune importance sous prétexte que je suis l’adulte.

En conclusion, accepter que notre enfant soit dans une phase d’expérimentation de son individualité, et qu’il teste donc sa capacité à être libre et autonome, n’est pas incompatible avec une relation paisible. Bien au contraire : son « non » peut devenir une formidable occasion d’apprendre que sa volonté compte, que celle des autres compte également, et que la relation ne s’arrête pas lorsque deux personnes ne veulent pas la même chose.

Un enfant qui se sent compris et écouté sera aussi plus disponible pour chercher avec nous une solution, si tant est qu’on reste authentique.

Et si finalement, plutôt qu’une « phase d’opposition », nous regardions aussi l’âge du non comme une formidable période d’apprentissage de la relation ?

Bonnes expérimentations à vous, et à bientôt pour un nouvel article !

Pour aller plus loin

Sur le développement de l’autonomie chez le jeune enfant : Maureen M. Black, « Toddler Development and Autonomy: Baby Steps to School Readiness », Pediatrics, 2020.

Sur les droits de l’enfant : Convention internationale des droits de l’enfant, notamment l’article 12 concernant le droit de l’enfant à exprimer son opinion sur les questions qui le concernent.

Sur l’histoire d’une éducation fondée sur l’obéissance : Alice Miller, C’est pour ton bien. Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, Aubier, édition française.

Sur les droits de l’enfant et le passage d’une culture de l’obéissance à une culture de la relation : Marion Cuerq, notamment Une enfance en nORd – Pour une parentalité sans violence et une société plus égalitaire, Marabout, 2023.

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