Non classé
No Comments La célébration: un carburant pour la vie

Quand j’évoque la célébration lors de mes ateliers, il arrive qu’un ange un peu gêné passe par là…
Ce mot soulève quelques résistances…
Pour certains, il évoque les cérémonies religieuses. Pour d’autres, un univers de Bisounours où tout serait merveilleux en permanence. D’autres encore l’associent à la méthode Coué : il suffirait de se répéter que tout va bien pour que tout aille bien.
Pourtant, si l’on se réfère à la manière dont Marshall Rosenberg appréhendait cette notion, il s’agissait d’une manière de recharger ses batteries.
Nous passons beaucoup de temps à repérer ce qui ne fonctionne pas : ce qui manque, ce qui reste à faire, nos erreurs, nos insuffisances, les problèmes à résoudre.
Bien sûr, cette capacité est utile. Elle nous permet d’ajuster notre trajectoire et de prendre soin de ce qui a besoin de l’être.
Mais lorsque toute notre attention est tournée vers ce qui ne va pas, nous finissons par nous épuiser.
La célébration nous invite à rééquilibrer notre regard.
Il ne s’agit pas de nier les difficultés ou de donner l’illusion que tout est parfait, mais de prendre le temps de reconnaître ce qui contribue à notre bien-être et à celui des autres.
Je vous propose de faire l’expérience de la célébration de cinq manières différentes, et de tester ce que cela réveille en vous.
Remercier avec précision
L’expression de la gratitude est souvent enseignée aux enfants comme une convention de politesse incontournable. Aussi, nous avons l’habitude de dire « merci » de manière assez automatique, sans prendre le temps de nous relier à ce qui a été nourri chez nous par le comportement de l’autre personne. Prendre ce temps permet non seulement à la personne qui reçoit le service d’en goûter les bienfaits en conscience, mais aussi à la personne qui reçoit le « merci » de se relier pleinement à son besoin de contribution.
Par exemple :
« Merci d’avoir pris le temps de m’écouter ce matin. J’ai apprécié de pouvoir m’exprimer sans être interrompu. Ça m’a permis de faire le point et de retrouver de la clarté. »
Ou :
« Merci d’avoir rangé la cuisine. C’est chouette de vivre cette coopération ! »
Se remercier avant de s’endormir
Beaucoup d’entre nous terminent leur journée en faisant la liste de tout ce qu’ils n’ont pas réussi à faire. Cela participe malheureusement à encombrer le mental à un moment où il devrait au contraire se mettre en veille.
Se remémorer un événement de la journée qui a contribué à de la satisfaction, goûter pleinement cette satisfaction, la respirer, écouter la manière dont elle se manifeste dans le corps, permet de terminer la journée sur un besoin satisfait apprécié en pleine conscience.
Exemple : quand je pense au grand tour de vélo que j’ai fait… les odeurs que j’ai senties… mon corps était en éveil, je respirais pleinement, je me sentais vivante… je me remercie de m’être donné ce moment. D’y repenser, je sens beaucoup de douceur. De joie.
Recevoir les cadeaux
Pour beaucoup d’entre nous, il peut être compliqué de recevoir un cadeau.
Combien se rebiffent, au restaurant, en entendant « Tu veux bien que je t’invite? », avant de prendre le temps d’envisager l’éventualité d’accepter, et d’accueillir la joie de recevoir, et de voir l’autre personne satisfaite de donner?
Bien entendu, j’évoque là des moments où l’on est rassuré que le cadeau est désintéressé, et qu’il ne participera pas à la création d’une dette relationnelle.
La prochaine fois que les mots « Oh, il ne fallait pas! » tenteront de jaillir par réflexe depuis la gêne de recevoir, je vous propose de prendre le temps d’accueillir ce que vous recevez, de vous y intéresser, d’aller sentir à quoi ce cadeau contribue pour vous, et de le partager.
Accueillir les compliments
Lorsqu’on nous adresse un compliment, nous avons souvent le réflexe de le minimiser. « Tu parles, je n’y connais rien ». « Je n’ai rien fait de spécial ». Ou comme dans Amélie Poulain, quand Joseph complimente Georgette..
-Vous êtes belle Georgette, on dirait une fleur des champs
-Oh non, c’est rien, c’est mon aérophagie…
Un compliment, c’est en fait l’expression (masquée la plupart du temps) d’un besoin satisfait. On le refuse parce qu’on imagine que l’autre personne parle de nous. Notre ego se défend alors, refusant la tentation de se gonfler, de se faire valoir. Si l’on garde à l’esprit que la personne exprime en fait quelque chose de vivant chez elle, nous pouvons juste accueillir cela: notre présence, notre comportement, nos mots, ont contribué à quelque chose, ont nourri le lien.
Imaginons que Georgette prenne quelques secondes pour recevoir le compliment de Joseph. « Il est touché. Il ressent quelque chose quand il me voit. De penser ça, je suis touchée moi aussi, car il me plait lui aussi. » Elle pourrait recevoir ce compliment tranquillement, sans forcément dire quoi que ce soit, comme on respire un parfum.
Autre exemple, si un collègue ou un collaborateur me dit: « Franchement, super ton intervention ce matin! »
Je peux répondre :
« Ah, ça t’a plu? »
Cela lui permettra certainement de développer, et de m’en dire plus sur les besoins que mon intervention a nourris chez lui. Je m’en trouverai encouragée, le lien sera nourri, mon collègue heureux de clarifier sa pensée.
Autrement dit, je cherche le besoin satisfait derrière le compliment.
Cela me permet de recevoir réellement ce qui m’est offert.
Célébrer nos tâtonnements
Voilà sans doute la forme de célébration qui me touche le plus. Nous avons souvent appris à nous juger sévèrement lorsque nous échouons. Pourtant, lorsque nous regardons un enfant qui apprend à marcher, nous ne lui faisons pas de reproches lorsqu’il tombe. Nous sourions, nous l’encourageons, nous célébrons chacun de ses progrès, nous savons qu’il est en train d’apprendre.
Pourquoi serions-nous moins patients avec nous-mêmes ?
Chaque erreur, chaque maladresse, chaque tentative ratée peut devenir une occasion d’apprentissage. Cela ne signifie pas que nous aimons échouer.
Cela signifie simplement que nous choisissons de regarder aussi ce qui grandit grâce à l’expérience.
Exemple: Je viens de mettre fin à une collaboration qui durait depuis plusieurs années. Mes limites ont été largement dépassées, et je pourrais me reprocher de m’être fait violence quand j’ai permis à cette personne de se comporter avec moi d’une manière que je considère comme inacceptable. Je peux aussi choisir de m’appuyer sur cette expérience pour définir clairement ce qui est acceptable pour moi, en terme de relations professionnelles et amicales, et ce qui ne l’est pas. Cela me permettra à l’avenir d’avoir des repères sur ma zone de sécurité relationnelle. Me voilà donc en train de célébrer les fruits d’une expérience qui fut douloureuse.
Une pratique quotidienne
La célébration n’est pas un luxe. Elle n’est pas réservée aux jours où tout va bien. Elle est une manière de prendre soin de notre énergie, de nous relier avec intensité à ce qui nous traverse. La pratiquer de manière régulière, quotidienne, permet d’apporter à notre système intérieur une énergie bienfaisante qui servira de carburant dans les moments plus difficiles.
Si vous la pratiquez d’une autre manière que celles évoquées dans cet article, et que vous avez l’élan de partager votre expérience, n’hésitez pas à laisser un commentaire!








