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No Comments être bienveillant sans être complaisant
Ces derniers temps, j’ai entendu à plusieurs reprises des conversations qui me font penser que le mot « bienveillance » commence à être galvaudé.
Par exemple, une maman se plaignait que la maîtresse de son fils brandissait à tout bout de champ le mot « bienveillance », et que jamais elle ne sévissait envers les enfants qui ne respectaient pas les règles. Et son interlocutrice de renchérir que cette histoire de bienveillance commençait à lui sortir par les yeux.
Cette bribe de conversation saisie au vol dans une file d’attente m’a mis la puce à l’oreille. Il est vrai que le mot « bienveillance » est devenu très présent dans les discours sur l’éducation et les relations, et comme tout ce qui devient à la mode, il est menacé d’usure, de déformation, voire de contrefaçon !
J’ai à cœur de contribuer à redonner à cette notion de bienveillance toute sa légitimité. Pour moi, être bienveillant ne signifie ni tout accepter, ni éviter les conflits, ni faire passer systématiquement les besoins de l’autre avant les siens.
C’est pourquoi je vous propose d’explorer la différence entre bienveillance et complaisance sous différents angles.
1. L’intention
Dans la bienveillance, mon intention est de prendre soin de la relation et des personnes qui la composent, moi comprise.
Dans la complaisance, je peux être davantage tournée vers le résultat : plaire à l’autre, éviter qu’il soit contrarié, éviter le conflit, préserver son affection ou son approbation.
Finalement, la bienveillance peut émaner d’un endroit relativement ancré et stable de moi-même, tandis que la complaisance peut parfois jaillir d’une part plus inquiète, qui cherche à l’extérieur de quoi se rassurer.
2. Les actes
La complaisance rend le « non » difficile. L’autre aura toujours de bonnes raisons de faire ce qu’il fait, même si cela vient piétiner mes propres limites.
La bienveillance, au contraire, n’exclut pas la notion de limites, puisqu’elle s’applique à l’autre comme à moi-même.
Je peux dire « non » avec bienveillance, en cherchant à comprendre ce qui est important pour l’autre tout en affirmant ce qui est important pour moi. Cette idée est d’ailleurs centrale en Communication NonViolente : accueillir les besoins de l’autre ne signifie pas renoncer aux siens.¹
En quoi serais-je bienveillante si, par exemple, je permettais à mon enfant de dessiner sur mon agenda, précieux rien qu’à moi, que j’ai choisi avec tant de soin dans l’idée de le réserver à mon usage exclusif, en me disant : « Bah, ce n’est pas bien grave, je m’en achèterai un autre… » ?
Certes, mon enfant sera peut-être ravi. Mais une part de moi risque d’être quelque peu frustrée… et de le lui faire payer un jour ou l’autre !
3. Les conséquences
Quand je suis dans la complaisance, par exemple parce qu’une part de moi a besoin d’être rassurée sur le fait qu’on m’aime et cherche pour cela à satisfaire l’autre, je peux finir par donner systématiquement la priorité à ses besoins et laisser les miens de côté.
À force, la frustration risque de s’accumuler.
Et surtout, l’autre ne sait plus très bien où sont mes limites.
La complaisance a donc aussi un impact sur la personne à qui je laisse tout pouvoir sur mes limites.
S’il s’agit de mon enfant, par exemple, il peut lui manquer cette structure encadrante que représentent des limites claires et prévisibles. Bienveillance et fermeté ne sont d’ailleurs pas contradictoires : un cadre peut être posé avec empathie, respect et fermeté.²
Et parfois, quand je n’écoute pas mes limites pendant un certain temps, je risque d’accumuler tellement de frustration que je basculerai brutalement dans la colère ou la rancœur.
J’ai d’ailleurs un exemple tout frais.
Récemment, les professeurs du lycée d’une jeune fille de ma connaissance, appelons-la Jeanne, ont proposé une journée de révisions pour le bac. Jeanne, après avoir assisté assez distraitement aux cours, et sans doute bavardé une bonne partie de l’année, s’est présentée à cette journée.
Là, une professeure qui, d’après Jeanne, ne lui avait jamais fait de reproche auparavant, lui a crié qu’elle refusait de l’aider à réviser et qu’elle n’avait pas sa place dans sa séance.
Je ne sais évidemment pas ce qui s’est joué intérieurement pour cette professeure. Mais cette situation m’a fait réfléchir : que se passe-t-il lorsque nous attendons d’être à bout pour exprimer une limite ?
Peut-être aurait-il été plus simple de poser cette limite bien avant, alors que l’agacement était encore supportable.
Elle aurait pu, par exemple, convoquer Jeanne en fin de cours et lui dire :
« Cela me dérange de vous entendre bavarder pendant le cours. Et j’imagine que cela peut également gêner les autres élèves. J’ai besoin de calme pour travailler. Aussi, je vous demande à l’avenir d’attendre la récréation pour échanger avec vos amies. Je peux compter sur vous ? »
Voilà qui me paraît à la fois ferme et bienveillant.
Autre conséquence possible de la complaisance : si je dis toujours « oui » alors qu’intérieurement quelque chose en moi voudrait dire « non », mon entourage peut finir par hésiter à me faire des demandes :
« Elle n’osera pas me dire si elle n’est pas disponible… »
« Elle va encore se plier en quatre et m’en vouloir ensuite… »
La bienveillance, au contraire, peut être rassurante pour tout le monde. Si mon entourage sait que je peux répondre avec sincérité, que mon « oui » signifie réellement oui et que je suis capable de dire non lorsque c’est nécessaire, il devient beaucoup plus simple de me faire des demandes.
Et si je pose mes limites suffisamment tôt, j’ai aussi moins de risques d’attendre d’être poussée à bout pour les faire respecter.
Bienveillance envers l’autre, bienveillance envers soi
Finalement, c’est peut-être là que se trouve pour moi la différence essentielle.
La complaisance sacrifie une partie de la relation au profit d’une autre. La bienveillance cherche à prendre soin de toutes les personnes concernées.
Être bienveillante avec quelqu’un ne m’oblige donc pas à lui dire oui.
Je peux comprendre sa déception et maintenir mon non.
Je peux accueillir sa colère et maintenir une règle.
Je peux entendre son besoin et exprimer le mien.
Je peux chercher avec lui une autre solution sans renoncer à ma limite.
C’est même peut-être à cet endroit que la bienveillance prend tout son sens : non pas lorsque tout le monde est d’accord, mais lorsque nous pouvons traverser un désaccord sans cesser de prendre soin de la relation, de l’autre et de nous-même.
Si vous souhaitez réagir à cet article, avec bienveillance et sans complaisance, n’hésitez pas à laisser un commentaire.
À bientôt,
La Fannette
Pour aller plus loin
Références ajoutées en octobre 2026
¹ Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs). Initiation à la Communication NonViolente, La Découverte, éd. française, 2016. Rosenberg développe notamment la distinction entre demande et exigence, l’expression des besoins et la capacité à accueillir un refus avec empathie.
² Mpedia, Abécédaire d’une parentalité ferme et bienveillante : F comme Fermeté, 2020. L’article présente explicitement fermeté et bienveillance comme complémentaires et associe la fermeté au respect mutuel, aux limites et au cadre.
