sept 15, 2018 - parentalité    No Comments

Le caprice: une invention d’adulte

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Un enfant qui pleure de frustration lorsqu’on lui refuse quelque chose peut stimuler différentes réactions de la part des adultes. Ces réactions auront des conséquences très variées sur le schéma relationnel que l’enfant mettra en place.

Si les pleurs sont interprétés comme une demande, on se sent acculé: l’enfant nous demande quelque chose, on doit absolument réagir, soit dire oui, bon d’accord, soit dire non c’est non. Le stress monte, il faut absolument faire cesser ce bruit, moi, adulte, j’ai le pouvoir de faire cesser ce bruit, je dois réagir, et vite!

Il ne me reste alors que deux solutions:

-Dire non c’est non, réprimer ce comportement, le qualifier d’inadmissible, lui mettre l’étiquette « caprice » pour que l’enfant cesse immédiatement. Il cessera peut-être, par peur, ou par honte. Il y a de fortes chances que l’enfant, à long terme, développe une peur ou une honte de ce qu’il ressent, et ne s’autorise pas à exprimer son ressenti.

-Dire oui, allez, le voilà ton truc, arrête de pleurer! La satisfaction du désir associée à l’exigence de cesser de pleurer induit que dès lors qu’on obtient ce qu’on veut, les pleurs ne sont plus légitimes. Et que les pleurs sont une manière d’obtenir quelque chose. C’est là que naît le véritable caprice, en tant que stratégie: puisque pleurer me permet d’obtenir quelque chose, je vais me servir des larmes pour demander. Le caprice est donc le fruit d’une réponse inadéquate, répétée, de l’adulte. Sur le long terme, l’enfant risque de devenir de plus en plus exigent, parce que finalement, jamais satisfait, car jamais accueilli, et si ses parents finissent par mettre un stop à sa tyrannie, sa frustration sera beaucoup plus importante et difficile à accueillir.

Que faire alors?

Voir les pleurs, non pas comme une demande, mais comme l’expression de la frustration. L’enfant ne pleure pas pour obtenir quelque chose, mais parce qu’il est déjà en train de faire le deuil de cette chose.

Il n’y a pas d’autre action à poser que l’écoute. Certes, quand on est dans un magasin, il peut être compliqué d’assumer le comportement de son enfant. Mais plus on aura pris l’habitude d’accueillir les pleurs, en tant qu’expression légitime, moins ceux-ci dureront, et plus le deuil sera facile.

D’autre part, l’enfant accueilli régulièrement dans ses émotions finit par identifier clairement son besoin d’expression. Par exemple, s’il m’est arrivé parfois de dire à ma fille: « mais pourquoi tu pleures, tout va bien! » elle me répondait « Mais maman, j’ai BESOIN de pleurer! »

Le besoin de pleurer chez les tout petits

Dès tout petit, l’enfant ressent ce besoin d’évacuer son stress. Et dès tout petit, si l’on répond systématiquement à ses pleurs par une tétée, ou par une tétine, on risque de museler cette expression.

Vous me direz: mais pour un bébé, comment savoir s’il a faim, ou s’il a mal, ou si effectivement c’est le besoin de pleurer?

Très souvent, un bébé qui a besoin de pleurer réagit à l’empathie: ses pleurs redoublent quand on les accueille avec des mots gentils et un cœur ouvert. « C’est dur aujourd’hui? » « C’est compliqué pour toi toutes ces affaires de corps, de mal au ventre, de dents? »

Il est très important de garder le bébé contre soi, de l’accueillir dans ses bras quand il pleure. Généralement, un bébé qui a besoin de pleurer s’apaise en une dizaine de minutes, il est ensuite calme et serein.

Quand on a identifié qu’il s’agit bien d’un besoin de pleurer, il peut être compliqué d’écouter son bébé pleurer sans apporter une solution immédiate pour le soulager. Se dire qu’il est en train de s’alléger, visualiser le stress qui s’évacue avec les pleurs, se rappeler combien c’est soulageant de pleurer sur l’épaule d’une personne aimante, peut simplifier la tâche. Et si vous faites l’expérience, vous serez encouragés par les résultats.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire Pleurs et colères des enfants et des bébés, d’Aletha Solter.

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