développement personnel, être bien avec soi et avec le monde
2 Comments Deux parts de soi: l’aigle et la tortue
J’aime regarder notre monde intérieur comme un espace où cohabitent de multiples voix. Elles ont chacune leur couleur, leurs aspirations, leurs blessures, leurs manières de nous protéger. Parfois elles se succèdent aux commandes de notre vie, parfois elles tirent dans des directions opposées… à moins que nous ne parvenions à ouvrir un espace pour les écouter et les faire coopérer au mieux.
Cette manière de voir les choses n’est d’ailleurs pas propre à mon petit monde intérieur. Différentes approches psychothérapeutiques travaillent avec l’idée de « parts » de soi. C’est notamment le cas de l’Internal Family Systems (IFS), développé par Richard Schwartz.¹ De son côté, Isabelle Padovani a développé un travail autour de ce qu’elle appelle les Multiples Aspects Intérieurs®.
Je reviendrai sur ce sujet des multiples aspects intérieurs. Aujourd’hui, je vais m’intéresser à deux voix intérieures que, dans ma propre cartographie, j’appelle l’aigle et la tortue. (Cela ne vous empêche pas d’approfondir le sujet de la coopération entre vos multiples aspects intérieurs en regardant cette vidéo de mon amie Isabelle Padovani.)
Si j’ai envie de consacrer mon article à ces deux parts aujourd’hui, c’est parce que je constate que chez beaucoup d’entre nous, elles cohabitent parfois difficilement, et que leurs frictions peuvent nous empêcher d’avancer dans notre réalisation.
Mais laissez-moi vous les présenter.
La tortue
La tortue se focalise sur le quotidien. Sur son chemin, elle s’intéresse aux moindres aspérités de la route, et parfois, un petit caillou peut devenir pour elle un obstacle infranchissable. Elle a tendance à se protéger de ce qui pourrait la déstabiliser, remettre en cause ses repères. Lorsqu’elle se sent perdue, elle se retire sous sa carapace, au mieux pour méditer et retrouver ses repères intérieurs, au pire pour s’engourdir, s’anesthésier et ne plus penser à ce qui la tracasse.
Lorsque la coopération avec l’aigle se passe bien, elle est capable de patience, de persévérance et d’endurance. Elle sait équilibrer ses journées, répartir son énergie entre « l’être » et le « faire », prendre soin d’elle et de ceux qui l’entourent.
Quand la coopération avec l’aigle est mise à mal, qu’elle n’est pas reconnue pour les efforts qu’elle fournit, elle peut avoir tendance à s’embourber dans le quotidien, à procrastiner, à chercher des moyens de s’anesthésier et à se dévaloriser constamment.
L’aigle
L’aigle a développé une vue d’ensemble. Il est souvent focalisé sur un idéal, un but à atteindre. Il est soucieux de notre évolution et de la réalisation de nos rêves. Ses grands projets peuvent stimuler chez la tortue des bouffées d’enthousiasme qui lui donnent envie de déplacer des montagnes, aussi bien qu’un découragement plombant qui la cloue au sol.
L’aigle ne veut pas s’embarrasser du quotidien. Pour lui, il n’y a pas de vie routinière ni d’amour sans grand A qui vaille d’être vécu. L’intensité et l’absolu doivent être au rendez-vous… mais ce rendez-vous est toujours loin devant, toujours fuyant, car l’aigle est toujours en mouvement. S’il s’arrête, c’est pour regarder les choses de haut et faire le point.
Lorsqu’il parvient à entendre les besoins de la tortue, et à se faire comprendre d’elle, l’aigle est capable de beaucoup de clairvoyance, et d’une intelligence aiguë tirée directement de son expérience. Guide, il accepte de se faire guider lui-même par le vent de l’intuition, porté par la confiance de la tortue.
Quand au contraire la communication passe mal entre ces deux parts, l’aigle peut se déconnecter de la réalité, partir dans des projets inaccessibles pour la tortue, et lui en vouloir de ne pas mettre d’énergie au service de ses rêves. Il devient alors amer, aigri, idéaliste déchu qui crache sur la société, le monde, ou que sais-je, du moment qu’il trouve un responsable à la chute de son idéal.
L’aigle et la tortue sont intimement liés dans leur besoin de sens. Quand l’aigle est déconnecté de son but, la tortue peut ne plus parvenir à faire ses tâches quotidiennes. (Par exemple : à quoi bon m’investir dans cette maison si je ne sais pas si je vais y rester ou si je vais déménager ?) Quand la tortue ne trouve plus de goût au quotidien, l’aigle peut à son tour adopter des stratégies de fuite.
Maintenant que les présentations sont faites, voyons comment la relation entre ces deux parts peut être déterminante pour notre évolution.
Lorsqu’on n’a pas conscience que plusieurs parts cohabitent à l’intérieur de nous, on peut être déstabilisé par notre inconstance : après avoir cogité une bonne partie de la nuit sur la direction que l’on veut donner à notre vie – l’aigle était à l’œuvre, profitant de notre insomnie – nous voilà le matin happé par nos vieilles habitudes, à poser des actes diamétralement opposés à ceux que l’on visualisait mentalement sous notre couette.
La journée, la tortue reprend les commandes, sans s’embarrasser des états d’âme de l’aigle. Elle a un quotidien à gérer, une stabilité à garantir.
On s’imagine alors qu’on ne sait pas ce qu’on veut, et qu’on est incapable de tenir une direction.
Mais si l’on prend conscience qu’à l’intérieur, plusieurs aspects peuvent se disputer la barre du navire, on comprend que notre cap peut changer chaque fois que le pilote change.
Pour éviter de faire du sur-place ou de tourner en rond, nous pouvons essayer d’identifier les besoins de chacune de nos parts (dans cet article, vous trouverez des astuces pour identifier les besoins), et laisser émerger des stratégies qui puissent répondre à la fois aux besoins de l’une et aux besoins de l’autre.
Voici deux exemples :
Gaël a trente ans et deux jeunes enfants. Sa femme, Lucie, travaille à l’extérieur, tandis que lui se consacre aux enfants la plupart du temps. Voilà deux ans qu’il est dans cette situation, et si sa part « tortue » s’en accommode assez bien, malgré une fatigue latente, sa part « aigle » montre des signes d’impatience. Cela se manifeste par des accès de mauvaise humeur et de jalousie envers sa femme qui gravit les échelons dans l’entreprise où elle travaille.
Quand Gaël identifie les besoins de sa part « aigle » – évolution, accomplissement, créativité – et de sa part « tortue » – repos, temps pour soi – il lui vient l’idée de faire garder ses enfants une journée par semaine pour se consacrer à un projet qui lui tient à cœur : créer une activité sur internet.
Sa part aigle retrouve alors la confiance que les choses avancent, et sa part tortue trouve du plaisir à travailler dans le calme.
Élodie alterne les périodes de grand enthousiasme et les moments d’apathie. Pendant ses accès d’enthousiasme, elle se lance dans de nouveaux projets, tous plus fantasques et démesurés les uns que les autres. Au bout d’un moment, elle abandonne ses projets et tombe dans le découragement… jusqu’au jour où lui vient une idée absolument fantastique qui va lui changer la vie. Et ainsi de suite !
Dans ma métaphore, on pourrait dire que la part « aigle » d’Élodie prend énormément de place : elle l’entraîne dans des projets que sa part « tortue » ne peut assumer au quotidien. Cette dernière, mise en échec, perd confiance et s’enlise dans la mésestime de soi et le découragement. Ainsi se succèdent à la barre un aigle survolté et une tortue blessée.
Pour retrouver un équilibre, Élodie décide de se mettre à l’écoute de ses parts et de les aider à s’entendre l’une l’autre. Sa part « aigle » réalise que la part « tortue » a besoin d’être encouragée et valorisée. Sa part « tortue » comprend que la part « aigle » aspire à faire des pas tangibles et mesurables vers une vie plus intense et palpitante.
Élodie met en place un rituel quotidien dans lequel, entre autres, ses parts échangent de la gratitude.
J’ai trouvé ce défi de communication entre ma part « aigle » et ma part « tortue » particulièrement difficile à relever lorsque j’étais jeune maman. D’autant plus qu’à cette époque, je n’avais pas encore développé une conscience aussi aiguë de mes différentes parts.
Aujourd’hui, je trouve précieux de pouvoir reconnaître ces voix plutôt que de chercher à déterminer laquelle a raison et laquelle devrait se taire.
Peut-être que l’enjeu n’est pas de choisir entre l’aigle et la tortue.
Nous avons besoin de l’aigle pour voir loin, donner du sens à notre chemin et nous rappeler où nous voulons aller. Et nous avons besoin de la tortue pour poser nos pattes sur le chemin, prendre soin du quotidien et avancer, pas après pas.
L’aigle sans la tortue risque de passer sa vie à contempler de magnifiques horizons qu’il n’atteindra jamais.
La tortue sans l’aigle risque d’avancer courageusement sans savoir où elle va.
Et lorsqu’ils apprennent à s’écouter… l’aigle indique l’horizon, et la tortue trace le chemin.
Si vous souhaitez réagir à cet article, ou me raconter comment cohabitent votre aigle et votre tortue, n’hésitez pas à laisser un commentaire !
Au plaisir,
La Fannette
Note
¹ Richard C. Schwartz a développé à partir des années 1980 le modèle thérapeutique Internal Family Systems (IFS), qui propose de considérer le psychisme comme composé de différentes « parts » susceptibles d’entrer en conflit ou de coopérer. Je fais ici ce rapprochement pour situer l’idée de multiplicité intérieure : ma métaphore de l’aigle et de la tortue est personnelle et ne fait pas partie du modèle IFS.


Merci La Fannette pour la newsletter et cet article, j’adore !!! Avec tendresse, bien à toi
Merci Fanny, j’apprécie ton retour encourageant!
au plaisir