parentalité, Parents et éducateurs
2 Comments 5 points pour aider nos enfants à apprendre
Imaginez que vous êtes en train d’écouter une émission de radio sur un sujet qui vous passionne. Tout à coup, quelqu’un vous dit :
« Attention, écoute bien, car tu seras interrogé sur ce sujet. »
Pensez-vous que vous allez ensuite écouter votre émission tout à fait de la même manière ?
Peut-être allez-vous continuer à être passionné. Peut-être même que le fait de savoir que vous devrez restituer certaines informations vous aidera à les mémoriser. Mais il est également possible qu’une partie de votre attention quitte le sujet qui vous passionnait pour se focaliser sur autre chose :
Est-ce que je vais retenir ? Qu’est-ce qu’on va me demander ? Et si je me trompe ?
Cet exemple permet de mesurer quelque chose d’important : ce n’est pas forcément l’évaluation qui pose problème, mais la pression et la peur du jugement qui peuvent lui être associées.
Une évaluation peut d’ailleurs être un formidable outil d’apprentissage lorsqu’elle permet de tester ses connaissances, de repérer ses erreurs et de progresser. L’erreur nous donne une information précieuse sur ce qui est acquis et ce qui reste à comprendre.
En revanche, lorsque l’enjeu devient principalement : « Il faut absolument que j’aie une bonne note », la peur de l’échec peut prendre une place considérable.
Le plaisir n’est donc pas le seul moteur de l’apprentissage. L’attention, l’engagement actif, la curiosité, la possibilité de se tromper et de recevoir un retour sur ses erreurs jouent également un rôle essentiel.
Et ça tombe plutôt bien : tout cela peut aussi rendre l’apprentissage passionnant !
Pour que l’apprentissage reste autant que possible une expérience stimulante pour nos enfants, voici quelques pistes :
1. Identifier nos propres blessures par rapport aux apprentissages, et en prendre la responsabilité
Si je suis constamment inquiète par rapport à la scolarité de mes enfants, je risque de faire du moment des devoirs une épreuve pour eux et pour moi.
Une mauvaise note peut réveiller chez moi des souvenirs, des peurs, des exigences anciennes : peur que mon enfant échoue, qu’il ne travaille pas assez, qu’il gâche ses capacités…
Avant de mettre cette inquiétude sur ses épaules, je peux déjà essayer de regarder ce qu’elle vient toucher chez moi et, si nécessaire, me faire accompagner pour cela.
Parfois, les blessures liées à l’école se manifestent de la manière inverse : l’enfant s’inquiète pour ses devoirs et demande du soutien, et le parent répond :
« Mais qu’est-ce qu’on s’en fiche des devoirs, c’est pas important, laisse tomber ! »
Cette attitude rebelle par rapport à l’école peut elle aussi provenir de notre propre histoire et ne pas être au service de l’enfant qui, lui, est peut-être soucieux de ses progrès.
2. Avoir une attitude positive et curieuse face aux apprentissages
Nous sommes des modèles parmi d’autres pour nos enfants. Si nous gardons enthousiasme et curiosité face au défi que représente un nouvel apprentissage, nous leur montrons qu’apprendre peut rester une aventure tout au long de la vie.
Par exemple, si dans le cadre de mon travail je dois apprendre l’anglais et que mon enfant m’entend dire :
« Oh là là, comment je vais faire, apprendre l’anglais à mon âge, non mais tu imagines, je vais pas y arriver ! »
… il y a peu de chances pour que mon attitude lui donne envie de considérer l’apprentissage d’une nouvelle langue comme une aventure follement enthousiasmante.
Pour ce qui est de leurs propres défis, nous pouvons aussi nous intéresser sincèrement à ce qu’ils apprennent :
« Les multiplications à deux chiffres ? Tu peux me montrer quelle méthode tu as apprise ? »
Il ne s’agit pas de fabriquer artificiellement de l’enthousiasme pour tout, mais de cultiver avec eux la curiosité.
3. Jouer !
Chaque apprentissage peut être l’occasion de débrider notre créativité.
Les mots deviennent vivants, on peut inviter l’enfant à les intégrer dans des dessins pour en retenir l’orthographe, jouer avec la géographie dans l’espace, inventer une petite chanson pour retenir quelque chose, fabriquer des cartes, se lancer des défis…
Le jeu n’est évidemment pas indispensable à chaque apprentissage, et apprendre demande parfois un effort. Mais il peut favoriser l’engagement, l’attention et l’envie de recommencer.
Et surtout : faire participer activement l’enfant est généralement beaucoup plus intéressant que de lui demander seulement d’écouter ou de relire.
Lui poser des questions, lui demander d’expliquer ce qu’il vient de comprendre, lui proposer de retrouver une réponse sans regarder son cahier : tout cela lui permet de tester ses connaissances et de consolider ses apprentissages.
4. Relativiser l’importance des notes
Lorsque notre enfant nous fait signer un devoir, si nous regardons juste la note, nous lui donnons un pouvoir qu’elle ne devrait pas avoir : celui de résumer à elle seule le travail effectué.
Nous pouvons prendre le temps de regarder le devoir.
Qu’est-ce qui est compris ? Qu’est-ce qui a progressé ? Où sont les erreurs ? L’enfant comprend-il pourquoi il s’est trompé ? Que pourrait-il essayer la prochaine fois ?
Une erreur n’est pas seulement quelque chose qui « ne va pas ». C’est une information qui permet au cerveau d’ajuster ce qu’il avait compris.
La note devient alors une information parmi d’autres, et non un verdict sur la valeur ou l’intelligence de l’enfant.
Et si, affectés par une mauvaise note, nous sommes tentés de lui mettre la pression, nous pouvons revenir au premier point !
5. Avoir confiance
Je vois parfois des parents qui saisissent la moindre occasion d’apprendre quelque chose à leurs enfants, considérant que toute expérience doit être rentabilisée d’une manière pédagogique :
« Maman, il neige ! »
« Oh, super ! Tu sais que pour que la neige se forme, trois conditions doivent être réunies, qui sont… »
Alors que l’enfant avait peut-être simplement envie de dire :
« Wouaaaaah ! Il neige ! »
Et peut-être que partager son émerveillement est précisément, à cet instant, la meilleure manière de nourrir sa curiosité.
J’ai aussi parfois entendu dénigrer certains jeux, considérés comme moins « éducatifs » que d’autres :
« Ah, elle joue aux Playmobil ? Vous devriez plutôt lui acheter des Lego, cela développera davantage ceci ou cela… »
Ces attitudes peuvent traduire un manque de confiance dans la capacité de l’enfant à expérimenter le monde à son rythme et à sa manière, et une volonté de rentabiliser chacune de ses activités.
Or le jeu libre n’a pas forcément besoin d’un objectif pédagogique décidé par l’adulte.
Nous pouvons proposer, accompagner, ouvrir des portes, répondre aux questions, transmettre des connaissances. Mais nous pouvons aussi laisser de la place à l’enfant pour jouer, rêver, s’ennuyer, chercher et découvrir ce qui l’intéresse.
Avoir confiance ne signifie donc pas se désintéresser des apprentissages de notre enfant.
C’est peut-être plutôt trouver une place à côté de lui : suffisamment présente pour le soutenir et lui transmettre ce dont il a besoin, suffisamment en retrait pour lui permettre de devenir progressivement acteur de ses propres apprentissages.
Finalement, aider un enfant à apprendre, ce n’est peut-être pas seulement l’aider à accumuler des connaissances.
C’est aussi l’aider à découvrir quelque chose qui lui servira toute sa vie :
qu’il est capable d’apprendre.
Cet article vous a-t-il appris quelque chose ? Avez-vous, de votre côté, des pratiques qui donnent à vos enfants ou à vos élèves l’envie d’apprendre ? N’hésitez pas à les partager en commentaire !
À bientôt,
La Fannette
Pour aller plus loin
Stanislas Dehaene, Fondements cognitifs des apprentissages scolaires, Collège de France, cours 2014-2015. Il développe notamment quatre dimensions essentielles de l’apprentissage : l’attention, l’engagement actif, le retour sur l’erreur et la consolidation.
Stanislas Dehaene, « L’engagement actif, la curiosité et la correction des erreurs », Collège de France, 3 février 2015. Il insiste notamment sur l’importance de la curiosité, de l’engagement de l’enfant et du statut de l’erreur dans l’apprentissage.
Stanislas Dehaene, « La mémoire et son optimisation », Collège de France, 10 février 2015. Il présente notamment l’intérêt de l’encodage en profondeur, de l’alternance entre apprentissage et mise à l’épreuve des connaissances et de la répétition espacée.

Le système scolaire devrait prendre des notes sur votre article!
Excellent travail! Bonne semaine 🙂
Merci Maxime, bonne semaine à vous aussi 😉